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"Une rétrospective" Saïd Ouarzaz

Du 5 mars au 23 Mai 2018.

 

"C’est l’histoire d’un petit garçon, perdu au fin fond du Maroc, au cœur d’un village du Haut-Atlas. Le paysage est sec, on croise des chèvres et des cailloux, des ânes et des oiseaux. Le vent siffle, les arbres se tordent, les cœurs sont durs, les vies arides. Le petit Saïd n’ira pas à l ‘école et c’est comme ça . Huit ans, et un destin d’analphabète, choisi et imposé par le père (lire entretien). Mais Saïd n’est pas une simple pierre dans le paysage, que l’on  place où l’on veut. Il se rebiffe, il résiste, prend la voie difficile des autodidactes éclairés. Privé de l’accès à la calligraphie arabe, Saïd abolit la punition : il crée son propre alphabet. Une folie solitaire. Il n’a pas de mots à écrire ? Il communiquera avec des images. Il peindra la complexité du monde par des éclaboussures de couleurs formant de grands filets de pêche abstraits. Et puis dans les mailles, c’est son âme, ses angoisses et ses joies qu’il va déposer avec tact, comme pour donner un sens au monde. Grâce à ses hieroglyphes « à la marocaine », mi-hommes, mi-bêtes, Ouazaz étale ses sentiments avec une écriture de chair. Les mots sont remplacés par des visages, des formes, des couleurs et des symboles. Grimaçant ou souriant, Ouarzaz habite littéralement ses toiles. C’est son esprit qui vogue et mène la danse. Comme dans la vraie vie où le tournis du monde brouille la vue et cache l’essentiel au premier coup d’œil, les tableaux de Ouarzaz paraissent brouillons et illisibles.  Il faut s’habituer à l’explosion des couleurs, au fouillis apparent. Et puis, on rentre dans les détails, là où est Dieu, c’est bien connu, pour, petit à petit, découvrir ces lambeaux d’humanité, déposés ça et là par l’artiste, comme dans un grand jeu de piste. A qui est cet œil ? Pourquoi ce sourire jaune ? Où va cet oiseau bleu ? Le bestiaire renouvelé de Chagall semble se cacher dans les plis d’un tableau de Pollock. On évoque Jérome Bosch et à ses personages déjantés, sortis des enfers. Mais il ne faut pas trop penser en référence, Saïd Ouarzaz n’en a pas, ce n’est pas le moindre de son mystère. Ce peintre est aussi étranger à l’histoire de l’art qu’aux règles de la conjugaison grammaticale. Saïd Ouarzaz reste singulier. Raffiné et sauvage."
Philippe Chaslot

 

Une exposition en collaboration avec la galerie Conil de Tanger.

 
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